Dossier — Jeux du Québec

Le 500 à la québécoise
Histoire, règles et variantes

La Blanche, le Bonhomme, le gros bord et le petit bord : quiconque a joué au 500 au Québec reconnaît ce vocabulaire, que personne ailleurs ne comprend tout à fait. Derrière ce classique des soirées de famille et des tournois de la FADOQ se cache un jeu américain devenu jeu national… en Australie. Voici ce que les sources permettent d'établir, et comment on a tranché pour notre version.

🎴 Vous cherchez juste à jouer ? Allez directement au jeu de 500 gratuit de Multi-Voies

Éditions Multi-Voies · Dossier publié le

Un jeu américain, né de l'euchre

Le 500 n'est pas un jeu traditionnel au sens où l'est le Tock : il a un pays de naissance, les États-Unis, et même un parrain industriel, la United States Playing Card Company de Cincinnati.

Selon Pagat, le jeu « was in fact invented in the USA, and promoted by the US Playing Card Company, who copyrighted the rules in 1904 »[1]. L'encyclopédie Britannica va plus loin et le dit « conçu » en 1904 par l'entreprise[3]. Mais Pagat lui-même apporte de quoi nuancer : des paquets de 61 cartes pour jouer à six, fabriqués par la même compagnie, portent un brevet de 1896, et le jeu aurait été « régularisé » dès 1897[1]. Wikipédia en anglais tranche prudemment : le 500 « arose in America before 1900 », et l'entreprise l'a promu et en a protégé les règles en 1904[2].

Sa filiation, elle, ne fait pas de doute : le 500 est « developed in the United States from euchre »[2]. Il en garde la marque la plus visible, les bords : les deux valets de la couleur de l'atout, qui deviennent les atouts les plus forts après le joker. Le joker lui-même est un enfant de l'euchre : il aurait été ajouté au jeu de cartes dans les années 1850 précisément pour ce jeu, et il est mentionné dans des règles dès 1868, sous la forme d'une simple carte vierge[21]. Un manuel du début du XXe siècle résume la parenté : le jeu emprunte à l'euchre, au loo, au nap et au bridge aux enchères[18].

Ce qu'on peut affirmer, et ce qu'on ne peut pas

Solidement établi : un jeu américain dérivé de l'euchre, qui existait avant 1900, dont les règles ont été protégées et diffusées par la United States Playing Card Company en 1904[1][2].

À nuancer : l'idée que l'entreprise l'aurait « inventé » en 1904, que répètent beaucoup de sites[3]. Et à écarter : l'affirmation, parfois lue, que la ligue américaine de bridge l'aurait reconnu comme jeu officiel en 1937 — nous n'en avons trouvé aucune confirmation.

La grille Avondale : 40 à 520 points

Ce qui distingue le 500 de l'euchre, c'est l'enchère : on annonce combien de levées son équipe fera, et dans quel atout. Et chaque annonce a sa valeur, fixée par une grille.

Cette grille porte un nom : Avondale. Selon Wikipédia, la United States Playing Card Company l'a publiée en 1906 pour corriger les irrégularités des enchères[2], et un paquet de la marque « No. 500 » contient une carte « Avondale Schedule for 500 » datée de 1906[19]. Un manuel de l'époque la présente comme « the best and most modern schedule (known as the "Avondale") »[18].

Levées♠♣♦♥Sans-atout
6406080100120
7140160180200220
8240260280300320
9340360380400420
10440460480500520

La logique est d'une grande élégance : chaque levée de plus vaut 100 points, chaque couleur plus haute 20 points, du pique au sans-atout. C'est la même grille qu'utilisent aujourd'hui Pagat, la FADOQ et les sites québécois[1][4][12]. Quant à l'origine du nom « Avondale », aucune source ne l'explique ; qu'il vienne d'un quartier de Cincinnati, ville de la compagnie, est une hypothèse plausible, mais une hypothèse.

Jeu national… en Australie

Ironie de l'histoire : ce jeu américain a connu sa plus grande fortune à l'autre bout du monde. Pour Pagat, « The national card game is Five Hundred » en Australie[24].

Là-bas, on joue avec un paquet spécial de 43 cartes et un seul joker, parfois illustré d'un kookaburra et surnommé « l'oiseau »[1][27], et on peut miser la misère : s'engager à ne faire aucune levée[1]. Ce titre de jeu national tient à la popularité du jeu[26] ; aucune source ne fait état d'une désignation officielle — mais il dit bien la place du jeu dans les familles.

À ne pas confondre : le Cinq-Cents français

Il existe en France un vieux jeu appelé le Cinq-Cents, cousin du mariage et ancêtre du bésigue[22][23], qu'on jouait encore dans le Sud de la France et le Nord de l'Italie au XXe siècle[39]. Il n'a rien à voir avec notre 500 : aucune source ne relie le jeu américain au bésigue. Seul le nom est commun — et la confusion est fréquente.

Le 500 québécois : deux jokers et une veuve de six cartes

Le Québec joue le 500 à sa façon, et assez fidèlement pour que Pagat lui consacre un paragraphe : « 500 is played, under the name Cinq Cents, in French Canada, especially Montreal »[1].

La recette tient en quelques différences, que Pagat décrit ainsi : on retire les 2 et les 3 d'un jeu de 52 cartes, on ajoute deux jokers distincts, qui sont les atouts les plus forts ; on joue à quatre en équipes fixes, dix cartes chacun, et le preneur ramasse une veuve de six cartes avant d'en écarter six[1]. Wikipédia précise que le joker blanc, « la blanche », est le plus fort des deux[2].

La source québécoise la plus autoritaire est la FADOQ, qui organise des tournois de 500 dans ses « Jeux en tête » et en publie le règlement officiel : « Le 500 est un jeu de levées avec atout, qui se joue à 4 joueurs, en deux équipes de 2 », avec « un jeu de 46 cartes […] (un jeu de 54 cartes, dont on enlève les 2 et les 3) » et « 6 cartes à la mise (veuve) »[4][6]. L'ordre des atouts y est celui qu'on connaît : la Blanche, le Bonhomme, le valet d'atout, puis le valet de la même couleur[4].

Le jeu est bien vivant : des après-midis de 500 dans les hôtels de ville et les clubs d'aînés, une soixantaine de joueurs chaque jeudi dans certains clubs[15][16], et une chroniqueuse de Charlevoix qui résume : « Le 500 est ce jeu de cartes que tout le monde semble aimer ici »[14].

Blanche, Bonhomme, bords et veuve : une langue à part

Le 500 québécois a son propre vocabulaire, et il raconte l'histoire du jeu mieux qu'un long discours.

La Blanche

Le joker le plus fort, sans doute celui en noir et blanc : la plupart des paquets ont un joker en couleur et un en noir et blanc[4][34].

Le Bonhomme

Le second joker[4][2]. zpag.net parle plutôt du « Fou Blanc » et du « Fou en couleurs »[10].

Le gros bord

Le valet d'atout ; « premier bord » chez zpag.net, « gros bar » à la FADOQ[10][4].

Le petit bord

L'autre valet de la même couleur ; « p'tit bord » à Charlevoix[14].

La veuve

Les six cartes du milieu ; on dit aussi « la mise »[4][7].

Chuter

Ne pas faire les levées annoncées — un sens que le dictionnaire québécois Usito consigne[35].

Le mot bord vient très probablement de l'anglais bower, le nom des valets à l'euchre, lui-même tiré de l'allemand Bauer, le valet[21]. Le Wiktionnaire enregistre « premier bord, second bord » au cinq-cents[38]. Mais aucune source ne documente ce passage de l'anglais au français québécois : c'est une étymologie vraisemblable, pas démontrée.

Le socle commun à toutes les tables

  • Quatre joueurs en deux équipes, les partenaires face à face[1][4].
  • Dix cartes chacun, et une veuve au milieu[1][4].
  • On mise un nombre de levées (de 6 à 10) et un atout, ou le sans-atout ; chaque mise doit dépasser la précédente, selon la grille Avondale[1][4][18].
  • Le preneur prend la veuve, écarte autant de cartes, et entame[1][4].
  • On fournit la couleur demandée si on le peut[1][4].
  • Les défenseurs marquent 10 points par levée faite[1][4][12].

Ce qui divise : la chute, la fin de partie, les jokers en sans-atout

RègleAustralie / PagatFADOQAutres sources québécoises
Cartes43, un joker[1][24]46, deux jokers[4]46, deux jokers[7][10][12]
Veuve3 cartes[1]6 cartes[4]6 cartes[7][10][12]
Deux jokers en main—obligation de miser au moins 8[4]—
Contrat chutéle preneur perd sa mise[1]contradictoire : perdue[4], ou donnée aux adversaires[6]donnée aux adversaires[7][10] ; perdue[12]
Fin de partie+500 gagne, −500 perd[1]total de 8 donnes (tournoi)[6]1000 points[7][10] ; 500 ou 1000[12]
Misère (nullo)oui[1]non mentionnéeen variante[10][2]
Joker en sans-atoutle preneur lui donne une couleur[1]qui l'entame nomme une couleur, seulement à la deuxième carte de cette couleur[6]n'appartient à aucune couleur ; interdit si on peut fournir[10]

Le point le plus curieux est la chute. Le règlement de la FADOQ dit que l'équipe qui chute « enlève le nombre de points équivalent au contrat »[4], mais la feuille d'un de ses tournois régionaux donne ces points à l'équipe adverse[6]. Même l'organisme le plus officiel hésite — ce qui en dit long sur la force des habitudes locales.

Nos choix de règles, et pourquoi

Nous avons retenu le 500 québécois tel que le décrivent la FADOQ et Pagat pour le matériel et l'ordre des cartes, et la marque classique de Pagat pour la fin de partie.

Cartes

46 cartes, du 4 à l'as, plus la Blanche et le Bonhomme.

Veuve

10 cartes chacun, 6 à la veuve ; le preneur en écarte 6.

Atouts

La Blanche, le Bonhomme, le gros bord, le petit bord, puis A, R, D, 10…

Mises

De 6 à 10 levées ; ♠ < ♣ < ♦ < ♥ < sans-atout ; grille Avondale.

Marque

Contrat réussi : la mise ; chuté : on la perd ; défense : 10 par levée.

Fin

Premier camp à 500 ; un camp à −500 perd.

Le matériel québécois, sans compromis

Les deux jokers, la veuve de six cartes, l'ordre des atouts et l'ordre des couleurs viennent directement de la FADOQ[4], et Pagat les confirme pour le Québec[1]. C'est ce qui fait le caractère du 500 d'ici : avec deux jokers et six cartes à la veuve, les mains fortes sont plus fréquentes, et les mises montent plus vite qu'en Australie. La règle FADOQ des deux jokers qui obligent à miser 8 levées est offerte en option[4].

La fin de partie : un choix à expliquer

Nous jouons jusqu'à 500 points, avec une défaite à −500, comme le décrit Pagat[1] — c'est après tout le nom du jeu. Précisons toutefois que les sources québécoises parlent plutôt de parties à 1000 points, ou d'un nombre fixe de donnes en tournoi[6][7][10]. Et chez nous, contrairement à Pagat, les points de défense comptent pour atteindre 500[1] : une équipe qui défend bien peut gagner sans avoir pris. Ce sont des choix de rythme, pour qu'une partie tienne dans une soirée.

La chute : le preneur perd sa mise

Entre les deux lectures, nous avons suivi le règlement de la FADOQ et Pagat : l'équipe qui chute perd la valeur de sa mise[1][4], et l'autre équipe marque ses levées de défense. C'est la règle qui donne son sens à la défaite à −500.

Les jokers en sans-atout

En sans-atout, la Blanche et le Bonhomme sont les deux seules cartes maîtresses. On ne peut en jouer un que si l'on n'a plus de la couleur demandée, comme chez zpag.net[10] ; et qui entame avec un joker nomme la couleur demandée — sauf une couleur qu'il a déjà montrée absente, dans l'esprit du règlement de la FADOQ[6].

Ce que nous avons laissé de côté

La misère (ou nullo), très jouée en Australie mais absente du règlement de la FADOQ ; le jeu à six avec des cartes supplémentaires ; et la variante australienne à un seul joker. Des traditions bien réelles, mais qui ne sont pas le 500 d'ici.

En résumé

Le 500 est un jeu américain, promu par un fabricant de cartes au début du XXe siècle, devenu jeu national en Australie et classique au Québec. Le 500 québécois se reconnaît à ses deux jokers, sa veuve de six cartes et son vocabulaire unique. Notre version en respecte le matériel à la lettre, et assume ses choix de marque pour des parties d'une soirée.

Jouer au 500 de Multi-Voies Gratuit, dans le navigateur — avec votre partenaire contre l'ordinateur, ou jusqu'à quatre en ligne

Sources

  1. Five Hundred, John McLeod, Pagat.com, 2026. pagat.com/euchre/500.html — origines, paquets de 1881 et 1896, règles australiennes, paragraphe sur le « Cinq Cents » du Canada français.
  2. 500 (card game), Wikipedia (édition anglophone) — page consultée en 2026. en.wikipedia.org/wiki/500_(card_game)
  3. Five hundred, Encyclopædia Britannica. britannica.com/topic/five-hundred
  4. 500 — Règlements officiels, FADOQ. fadoq.ca (PDF)
  5. 500 — Règlements officiels (copie), FADOQ. fadoq.ca (PDF)
  6. Jeux en tête — 500, compétition régionale de la FADOQ, 18 mai 2018. fadoq.ca (PDF)
  7. 500 : règles et comment jouer, JeuxdeCartes.ca, 2024. jeuxdecartes.ca/comment-jouer-et-regles/500
  8. 7 jeux de cartes populaires au Québec !, JeuxdeCartes.ca, 30 mars 2024. jeuxdecartes.ca
  9. Le jeu de cartes 500, Cribbage.ca (version australienne). cribbage.ca
  10. Le Cinq-Cents, jeu de cartes, zpag.net. zpag.net/Jeux/Cartes/le_cinqcents.html
  11. Le Cinq-cents, jeu de cartes (PDF), zpag.net. zpag.net (PDF)
  12. Règle du 500 : enchères, veuve, atout et points, Regles.com, 2026. regles.com/jeux-cartes/500.html
  13. Règles du jeu cinq cents 500 (traduction de Pagat), reglesdejeux.github.io. reglesdejeux.github.io
  14. Chronique : Comme au 500 ou presque, Brigitte Lavoie, Le Charlevoisien, 10 décembre 2019. lecharlevoisien.com
  15. Après-midi jeu de cartes – 500, Canton de Hatley, 2026. cantondehatley.ca
  16. Cartes : le 500, Corporation des aînés de la Cabane en bois rond. corpocabane.net
  17. Soirées de jeu au Québec, GrandQuébec.com. grandquebec.com
  18. Hoyle's Games Modernized — Five Hundred, Professor Hoffmann (édition du début du XXe siècle), Wikisource. en.wikisource.org
  19. No. 500 Playing Cards, The World of Playing Cards, 2013 (mis à jour en 2023). wopc.co.uk
  20. United States Playing Card Company, Wikipedia (édition anglophone). en.wikipedia.org/wiki/United_States_Playing_Card_Company
  21. Euchre, Wikipedia (édition anglophone). en.wikipedia.org/wiki/Euchre
  22. Bezique, Wikipedia (édition anglophone). en.wikipedia.org/wiki/Bezique
  23. Cinq-Cents (page d'homonymie), Wikipedia (édition anglophone). en.wikipedia.org/wiki/Cinq-Cents
  24. Card games in Australia, Pagat.com. pagat.com/national/australia.html
  25. Card games in Canada, Pagat.com. pagat.com/national/canada.html
  26. A brief history of card games in Australia, Tim Lambert, LocalHistories, 28 mars 2023. localhistories.org
  27. 500: Australia's National Card Game, australiancardgames.com.au. australiancardgames.com.au
  28. How To Play Five Hundred, catsatcards.com. catsatcards.com
  29. How to Play Five Hundred, Newt's Games. newtsgames.com
  30. Five Hundred, blogue de Denexa Games. denexa.com
  31. How to Play Five Hundred (All Versions), officialgamerules.org. officialgamerules.org
  32. The origin of euchre and « 500 », Joyce Falink, Cannon Falls Beacon, 23 août 2025 — source de l'affirmation non confirmée sur 1937. cannonfallsbeacon.com
  33. L'histoire des jokers, Tourdecartes.com. tourdecartes.com
  34. joker, fiche du Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française. vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca
  35. chuter, Usito (Université de Sherbrooke). usito.usherbrooke.ca
  36. bord, Usito (Université de Sherbrooke). usito.usherbrooke.ca
  37. bonhomme, Usito (Université de Sherbrooke). usito.usherbrooke.ca
  38. bord, Wiktionnaire. fr.wiktionary.org/wiki/bord
  39. cinq-cents, Wiktionnaire (cite Frans Gerver, 1966). fr.wiktionary.org/wiki/cinq-cents

Ce dossier a été composé à partir de sources ouvertes consultées en 2026 : règlements de la FADOQ, sites de référence sur les jeux de cartes, encyclopédies, manuels anciens numérisés, dictionnaires, presse régionale et sites de règles québécois. Aucune de ces sources ne fait autorité pour toutes les tables — même la FADOQ se contredit sur un point. Une erreur, une source manquante, une variante de votre famille ? Nous sommes preneurs de corrections.

Une création des Éditions Multi-Voies ©2026

Page légère, sans traceur ni publicité.